Si nous parlions un peu de demain, de cette terrible épreuve qui nous attend, qui commence à nous tirailler les entrailles, j’en suis sûr, tu commences à farfouiller dans tes méninges rescapés de la grosse chaleur, tu te poses un cageot de questions, tous ces petits nouveaux qui arrivent, oui petits car ils entrent dans la grande famille rouge et noire et ils deviennent nos minots, tu te languis de les applaudir.

Alors on se demande, on espère, on croit, pas de doute, nous sommes certains que l’aïoli va bien monter, qu’il va nous régaler, que cette nouvelle saison nous conduira à un festin grandiose, nous avons déjà préparé le tian de cebettes, de voye, de carottes, de délires, de banettes, de chansons, de morue, de folie, de pois chiches, de bati, des cocos du matin, de rage, d’un escadron d’escargots, du Pilou-Pilou qui s’impatiente derrière un couplet du Coupo Santo, de quatre supillons, d’un couffin de rêves et un camion de gousses d’ail noyées dans un chaudron magique rempli de ce nectar provençal des restanques sauvages penchées sur les collines, toutes ces gouttes d’or d’un soleil qui transpire, cette huile de chez nous où pataugent notre accent et trois filets d’anchois.

Voilà le menu de la fête prochaine, le menu cent étoiles de la table démesurée des gourmands de Besagne et sans voir les gros yeux que me fait un restant de sagesse, je trinque à la santé, à la bienvenue de tous ces talents nouveaux, de tous ces chanus du crampon, ces maitres du terrain qui déjà étaient toulonnais depuis bien longtemps mais qui ne le savaient pas.

Je trinque dans un verre plus cher que le cristal, quelqu’un me l’a donné, c’était sous Lafontan, il s’appelait Bonnus……


 
(Semaine 32)