Les cigales se taisent, elles retournent dans cette terre provençale qui chaque automne les attend entre deux oasis de farigoules assoiffées, elles savent que demain tout un peuple va chanter, peut-être encore plus fort que leur grand air des pinèdes qui a fini par les épuiser, mais elles ne sont pas tristes, elles connaissent depuis si longtemps cet orchestre des gradins, ces chœurs sauvages, époumonés qui hurlent avec leurs cœurs, cette meute rouge et noire qui a trop attendu, qui à force de parler, de dérailler, de croire, de douter commençait à perdre quelques brins de jugeote, mais elle les a remplacé par des brins de muguet.

Dimanche, le grand coup d’envoi, jusqu’où, nous ne savons pas, le coup de sifflet qui réveille nos espoirs, qui appelle au rassemblement les phalanges faroniques de supporters toulonnais qui ont vite oublié la daube de grand-mère et n’ont que d’appétit pour un festin d’essais avec un carton plein de bouchons sans champagne.

Il va y avoir un brave monde, je sais de source sûre de l’Issole que des hommes des collines rescapées qui pleurent leurs cousines, se sont déjà mis en route, ils emportent avec eux ces senteurs de garrigues qui nous manquent souvent et vu l’éloignement et pour rester bien frais, ils feront trois étapes et une prière gastronomique devant chaque chapelle.

Et oui, ils vont arriver de partout, des plaines lointaines de la Crau de chez nous, du musée de la figue noire de Solliès-Pont, des alentours d’Espigoule, du fin fond de la Palasse et même de l’Escaillon, tu vois un peu si nous allons les accueillir les petits-fils d’Henri IV, pour une entame faut croire qu’ils n’ont pas de pot.

Tu te languis pas toi de les applaudir les minots ?

Malgré notre inquiétude devant tant de blessés, tant de convalescents auxquels vont nos pensées, elle va être grandiose notre équipe, je te le dis sans l’exagération coutumière, en mettant de l’eau sur la flamme qui nous dévore et le restant dans le pastaga.

Voilà, si tout s’enquille normalement, sans poiteries, avec la voye traditionnelle et un maillot tout estrassé, écoute, je préfère rien te dire…

(Semaine 36)