Le Rouge et le Noir...
 
Nos couleurs sacrées, emblématiques, celles qui peignent notre fierté, notre maillot, notre raison, nos dérapages incontrôlés, nos ambitions démesurées, celles de ce fanion effiloché par le mistral espiègle, celui qui est planté comme un défi, comme un cri de victoire, comme un espoir qui s’amuse de nos passions qui ne savent plus attendre, ce fanion se promène dans un ciel presque trop bleu que seuls les yeux du cœur en perçoivent l’éclat, ces couleurs qui apportent la joie peuvent-elles être aujourd’hui les messagères d’une certaine peur, d’une certaine peine.

Le rouge du brasier et le noir de la cendre, comment ces teintes sorties d’une palette magique deviennent dans un jour sans fin des images si tristes s’invitant comme un diable au pays des pins qui chantent, il pleure sans ses larmes, il crève de sa soif et malgré la chaleur il ne transpire plus, il espère un nuage sauveur gros comme la Provence agressée, tremblante de tous ses rastoubles sous la chaude menace.

Mais je sais que déjà ils sont dans nos collines, ces valeureux guerriers qui terrassent le feu, ils ont la même ardeur que nos héros d’un Mayol assiégé, car défendre les brindilles d’ici, qu’elles soient de muguet ou bien de romarins, est un acte de foi et un vrai geste d’homme.

Voilà, ce petit détour dans ma chère forêt, sur les drailles qui s’embronchent dans les branches de cade, à travers les paysages accueillants de l’été où se perd quelquefois notre accent, nous rappelle qu’être assis sur un bancaou moussu ou sur un siège au soleil de Finale, c’est là que c’est bonnard et c’est là qu’on est si bien.

Et les minots, j’espère qu’ils se régalent dans les pampas d’en bas et qu’entre deux galops ils dansent un long tango…


 
(Semaine 31)